Baptiste Fillon

(rien à voir avec François)

Le site de Baptiste Fillon, auteur du roman Après l'équateur, publié chez Gallimard, dans la collection Blanche.

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Pompéi

Marcher dans une ville qui ne devrait plus être là, emprunter les mêmes perspectives que les Romains du Ier siècle avant notre ère, c’est le premier émerveillement. La chance d’avoir un ciel voilé, qui protège du cagnard, aide beaucoup aussi. En son temps, Pompéi était une ville très moyenne, hyper-normale, un peu médiocre. Elle est devenue un joyau pour nous.

Les fresques intérieures de ses villas font comprendre la perte tragique et irrémédiable que représente la disparition des peintures antiques l’histoire de l’art.

On erre dans une ville couverte d’inscriptions et de graffitis, des murs qui sont des gueuloirs, comme à Naples, avec ses ordures, ses élévations amoureuses, certains tabous qui ne sont plus les nôtres, notamment cette sacralité païenne du phallus, qui vaut aussi bien pour Eros et le commerce.

Enfin, l’incroyable Villa des mystères, au salon rouge décoré d’une allégorie dont le sens s’est perdu tant il est prolifique. Pour son exégèse, on ne peut s’y prendre qu’en poète.

L'île d'Arturo, Elsa Morante

C’est le roman de Procida, que je m’étais juré d’emporter le jour où je visiterais l’île. Voici dix ans qu’on me l’a offert. J’ai séjourné sur l’île cet été. Procida a bien changé depuis l’époque d’Arturo. C’était voici moins d’un siècle, peu avant une première guerre mondiale qui clôt le roman et fait retomber Procida dans l’Histoire. Car l’île du roman est drapée dans une éternité propre aux pays archaïques, où les gens vivent pieds nus et sans électricité alors qu’ils ne se trouvent qu’à trente minutes en bateau de Naples.

A présent, à l’idée de mourir, de quitter cette vie et cette belle petite île de Procida, où j’ai connu toutes les insouciances et tous les bonheurs, je me console avec un espoir : il y en a qui croient que les morts sont des esprits et qu’ils voient tout : peut-être est-ce vrai ?
— L'île d'Arturo, Elsa Morante

C’est un magnifique livre d’été, le mythe d’un petit garçon qui devient un homme, avec ses plaisirs faciles de romans de grand air et d’appel de vie, de soleil infini, mais aussi de révélations crues : la lâcheté d’un père, le désamour des femmes, la bestialité du sexe. Il dépeint la solitude enchantée d’un gamin livré à lui-même, sur une île hors de l’univers.

J’ai lu ce roman avec grand appétit, malgré quelques poussées de sentimentalisme et des montées d’émotion un peu trop soulignées. L’île d’Arturo restitue la joie immensément solaire des après-midis d’enfance où tout semble possible. Il est plein d’une joie d’être au monde qu’on retrouve en se promenant entre les maisons colorées de Procida, aux murs arrondis et polis, presque troglodytes, sous le cagnard de quinze heures et sur le pavage de pierres noires qui vous chauffent les pieds à travers les semelles, juste avant plonger dans l’eau bleue.